La hiérarchie automobile européenne évolue plus vite qu’on ne l’imagine. Et quand un pays comme le Portugal dépasse l’Italie en volume de production, cela interroge. Ce mouvement paraît discret, pourtant il révèle un changement profond dans l’équilibre industriel du continent.
Un tournant symbolique pour le Portugal
En 2025, le Portugal a produit 240.400 véhicules. L’Italie en a fabriqué 237.975. L’écart reste faible, mais il marque une rupture importante. Pour la première fois, le Portugal grimpe à la 9e place des producteurs européens.
Face aux géants comme l’Allemagne, avec plus de 4 millions de véhicules, ou l’Espagne avec 1,7 million, le Portugal reste modeste. Pourtant, sa progression intrigue. Elle signale une dynamique de fond, portée par une industrie compétitive et bien intégrée dans les chaînes d’approvisionnement européennes.
À l’échelle de l’Union européenne, près de 73 % des véhicules vendus sont encore produits localement. Mais ce socle se fragilise sous l’effet de pressions économiques et commerciales de plus en plus marquées.
Une industrie européenne sous tension
Au niveau mondial, l’année 2025 a été marquée par une reprise modérée. Les ventes ont atteint 77,6 millions de véhicules (+3,5 %). La production mondiale s’est élevée à 78,7 millions (+4,2 %), portée surtout par l’Asie.
Avec 62,1 % de la production mondiale, l’Asie domine désormais largement le paysage. L’Union européenne représente seulement 14,6 % du total. Une réalité qui reflète des coûts énergétiques élevés, des politiques commerciales instables et une concurrence internationale plus agressive.
Les exportations européennes ont reculé de 6,2 %, tandis que les importations ont baissé de 3,2 %. Certains partenaires tirent néanmoins leur épingle du jeu. La Turquie, par exemple, a enregistré une hausse de 27,9 % de ses exportations. À l’inverse, les échanges avec les États-Unis ont chuté de 21,4 % en raison de nouveaux tarifs douaniers.
La Chine, un acteur qui bouleverse les équilibres
La progression la plus marquante vient de la Chine. Sa production a augmenté de 10,4 % en 2025, soutenue par des politiques publiques volontaristes. Cette montée en puissance se retrouve directement sur le marché européen.
- 7 % des ventes en Europe concernent des véhicules produits en Chine
- Les importations chinoises ont dépassé 1 million d’unités
- Les exportations européennes vers la Chine ont chuté de 43 %
Ce déséquilibre pose un défi majeur pour l’industrie européenne. Dans ce contexte, la performance du Portugal, même modeste, apparaît comme un signal stratégique.
Une transition électrique encore inégale
L’électrification progresse, mais pas de manière uniforme. En 2025, les véhicules 100 % électriques ont atteint 17,4 % de part de marché dans l’Union européenne. Les modèles hybrides dominent avec 34,5 %. Les moteurs thermiques, eux, reculent à 35,5 %, contre 45,2 % un an plus tôt.
Les écarts entre pays sont forts. Le Danemark affiche un taux impressionnant de 68,5 % de ventes électriques, quand la Pologne ou l’Italie restent attachées aux solutions hybrides.
Pour les industriels, cette transition augmente la complexité. Elle demande des investissements lourds et des adaptations rapides, dans un contexte déjà tendu.
Italie vs Portugal : deux trajectoires opposées
Le dépassement du Portugal interroge car l’Italie reste associée à des marques iconiques comme Fiat ou Ferrari. Pourtant, ces marques ne reflètent plus la réalité de la production locale.
L’Italie produit moins en volume, car elle reste centrée sur ses marques nationales et des gammes plus spécialisées. Le Portugal, lui, n’a aucune marque automobile nationale. Il accueille des sites d’assemblage de groupes étrangers et mise sur la flexibilité, la compétitivité et l’intégration européenne.
Ce modèle lui permet de capter des volumes sans supporter les coûts liés au développement des véhicules.
Un signal pour l’avenir industriel européen
Le dépassement du Portugal n’est pas un accident. Il reflète une redistribution plus large des capacités en Europe. Les chaînes de production se déplacent, parfois loin des pays historiquement associés à l’automobile.
Face aux défis mondiaux, le Portugal montre qu’un pays peut gagner du terrain en misant sur l’agilité et l’intégration internationale. Une leçon qui pourrait inspirer d’autres économies européennes en quête de renouveau.




